
Mise à jour du 5 août 2026
Cet article annonçait initialement la prolongation de l’expérimentation jusqu’à la fin de 2024. Depuis le 11 janvier 2025, la circulation inter-files n’est plus une expérimentation : elle est inscrite dans le Code de la route. Le texte ci-dessous remplace l’ancienne information.
Après plusieurs prolongations et deux périodes d’expérimentation, la circulation inter-files — la CIF — a finalement obtenu un cadre permanent en France.
Le décret n° 2025-33 du 9 janvier 2025 a créé l’article R. 412-11-3 du Code de la route. Les anciens décrets d’expérimentation de 2015 et 2021 ont été abrogés. Les nouvelles règles sont entrées en vigueur le 11 janvier 2025.
La généralisation ne signifie pas que l’on peut remonter n’importe quelle file, sur n’importe quelle route et à n’importe quelle vitesse. La pratique est autorisée uniquement lorsque toutes les conditions prévues par le Code sont réunies.
Quels véhicules peuvent circuler en inter-files ?
Le texte vise les véhicules des catégories L3e et L5e dont la largeur ne dépasse pas un mètre.
En pratique, il s’agit :
- des deux-roues motorisés relevant de la catégorie L3e ;
- de certains trois-roues motorisés relevant de la catégorie L5e ;
- à condition que la largeur du véhicule soit au maximum d’un mètre.
La largeur réelle et la catégorie administrative comptent. Un véhicule large, un quadricycle ou un engin qui ne relève pas des catégories prévues ne devient pas éligible simplement parce qu’il peut physiquement passer entre deux voitures.
En cas de doute, la catégorie figure sur les documents du véhicule et peut être confirmée auprès du constructeur ou d’un professionnel.
Sur quelles routes l’inter-files est-il autorisé ?
La CIF est permise sur :
- les autoroutes ;
- les routes possédant deux chaussées séparées par un terre-plein central ;
- avec au moins deux voies dans chaque sens ;
- lorsque la vitesse maximale normalement autorisée sur l’axe est d’au moins 70 km/h.
Une limitation locale plus basse n’exclut pas automatiquement la pratique si la route répond au cadre prévu. Le ministère cite notamment le cas d’un axe dont la vitesse a été abaissée localement.
Sur une route à double sens sans séparateur central, en ville entre deux voies ordinaires, sur une bretelle à une seule voie ou sur un axe ne répondant pas à ces critères, la règle de l’inter-files ne s’applique pas.
Entre quelles voies faut-il rouler ?
L’inter-files se pratique uniquement entre les deux files de véhicules les plus à gauche de la chaussée, dans le même sens de circulation.
Sur une autoroute à trois voies, le passage se fait donc entre la voie du milieu et la voie la plus à gauche. On ne choisit pas l’espace qui paraît le plus large entre deux autres voies.
Cette règle rend la trajectoire plus prévisible pour tout le monde. Si plusieurs motos se présentent, elles utilisent le même couloir et ne doivent pas se doubler entre elles.
Dans quelles conditions de circulation ?
Le trafic doit être dense et former des files ininterrompues sur l’ensemble des voies. L’espace latéral doit être suffisant pour passer sans forcer.
La CIF est interdite lorsque :
- une voie de la chaussée est en travaux ;
- tout ou partie d’une voie est couvert de neige ;
- tout ou partie d’une voie est couvert de verglas ;
- l’espace entre les véhicules ne permet pas un passage normal ;
- la circulation n’est pas établie en files denses et continues.
Le fait qu’une seule voiture ralentisse devant soi ne suffit donc pas pour créer une situation d’inter-files.
Quelle vitesse maximale ?
La vitesse en inter-files ne doit jamais dépasser 50 km/h.
Lorsque l’une des deux files de véhicules est à l’arrêt, la limite descend à 30 km/h.
Ce second seuil est facile à oublier. Si la file de gauche ne bouge plus tandis que celle du milieu avance lentement, la moto en inter-files reste limitée à 30 km/h.
La limite réglementaire n’oblige évidemment pas à rouler à cette vitesse. Si l’espace est étroit, si les véhicules changent souvent de voie ou si la visibilité est mauvaise, il faut ralentir davantage ou reprendre sa place.
Clignotant et retour dans la circulation
Avant de commencer l’inter-files, le conducteur doit avertir les autres usagers de son intention. Le même principe s’applique lorsqu’il reprend sa place dans le courant normal.
Lorsque le trafic se fluidifie et que les véhicules d’au moins une des deux files roulent plus vite que la moto en inter-files, il faut reprendre sa place. Le ministère résume la situation en demandant de quitter l’inter-files lorsque les véhicules circulent à plus de 50 km/h sur au moins l’une des deux files.
Le clignotant n’accorde pas une priorité. Il annonce la manœuvre ; le passage doit toujours rester possible sans forcer un autre véhicule à s’écarter.
Peut-on dépasser une autre moto en inter-files ?
Non. Le Code interdit à un véhicule circulant en inter-files d’en dépasser un autre également en inter-files.
Si la moto qui précède avance plus lentement, on conserve la distance et on attend. Tenter de passer dans le même couloir ou changer brusquement d’interstice supprime précisément la prévisibilité recherchée par la règle.
Quelles sanctions en cas de non-respect ?
Le non-respect des conditions de l’article R. 412-11-3 constitue une contravention de quatrième classe.
Il entraîne également :
- le retrait de trois points sur le permis de conduire ;
- une suspension du permis pouvant aller jusqu’à trois ans, selon la décision prise ;
- la possibilité d’une constatation par vidéo-verbalisation.
La sanction spécifique ne concerne donc pas seulement un grand excès de vitesse. Circuler sur un mauvais type de route, dépasser une autre moto en inter-files ou pratiquer alors que les conditions ne sont pas réunies peut également constituer une infraction.
Autorisé ne signifie pas obligatoire
La circulation inter-files est une possibilité. Aucun motard n’est obligé de la pratiquer.
On peut décider de rester dans sa voie lorsque :
- la fatigue réduit l’attention ;
- la moto est chargée ou plus large que d’habitude ;
- la pluie limite la visibilité ;
- les véhicules changent fréquemment de file ;
- l’espace est insuffisant ;
- un passager n’est pas à l’aise ;
- la situation paraît simplement mauvaise.
Renoncer à un passage n’est pas une hésitation honteuse. C’est une décision de conduite.
La règle et l’équipement répondent à deux questions différentes. Pour le contexte personnel, j’ai aussi présenté mon équipement moto : c’est une configuration datée, pas une prescription universelle, mais elle rappelle que la protection ne se résume jamais à être dans son droit.
Les pièges les plus fréquents
Même dans le cadre légal, certaines situations demandent une vigilance particulière :
- un espace soudainement libre dans une file peut attirer une voiture ;
- un utilitaire ou un poids lourd masque les véhicules placés devant ;
- un conducteur peut changer de voie sans voir la moto ;
- les rétroviseurs, chargements ou véhicules très larges réduisent le passage ;
- une bretelle ou une sortie proche multiplie les changements de file ;
- un autre deux-roues peut arriver rapidement derrière.
La règle fixe un maximum. Elle ne remplace ni l’observation, ni les distances, ni l’anticipation.
Pourquoi la règle a-t-elle été généralisée ?
Le ministère de l’Intérieur explique que la décision repose sur les évaluations des expérimentations menées entre 2016 et 2024 par le Cerema.
Selon le communiqué officiel, l’accidentalité observée est restée stable et les principaux enjeux concernaient les conducteurs ne respectant pas les règles, en particulier la vitesse. Le rapport a aussi recommandé de permettre une verbalisation sans interception pour agir sur ces comportements.
La généralisation ne constitue donc pas une reconnaissance d’une pratique sans danger. Elle cherche à rendre son cadre prévisible, enseignable et contrôlable.
Ce qu’il faut retenir à moto
La fin de l’expérimentation apporte enfin une règle nationale claire. C’est préférable à une pratique tolérée, interdite ou expérimentale selon le lieu et la période.
Mais la partie la plus importante n’est pas le mot « généralisée ». Ce sont les conditions : deux voies les plus à gauche, trafic en files continues, espace suffisant, 50 km/h maximum, 30 km/h lorsqu’une file est arrêtée et retour dans la voie dès que le trafic reprend.
La règle n’oblige jamais à passer entre les files. Si l’espace se referme, si un conducteur change de voie, si la visibilité se dégrade ou si l’une des conditions légales disparaît, renoncer reste une décision normale. La clarté du cadre ne supprime ni l’observation, ni l’anticipation, ni la possibilité de rester dans sa voie.
En résumé
Depuis le 11 janvier 2025, la circulation inter-files :
- est inscrite dans le Code de la route ;
- concerne certains deux et trois-roues de moins d’un mètre de large ;
- se pratique sur autoroutes et axes à chaussées séparées répondant aux critères ;
- se fait entre les deux voies les plus à gauche ;
- est limitée à 50 km/h, ou 30 km/h si une file est arrêtée ;
- interdit de dépasser un autre deux-roues en inter-files ;
- doit cesser lorsque le trafic se fluidifie ;
- expose à une contravention de quatrième classe et au retrait de trois points si les règles ne sont pas respectées.
L’ancien article sur la prolongation jusqu’à fin 2024 est donc désormais une archive historique. La règle actuelle est celle-ci.
Sources officielles
- Légifrance — décret n° 2025-33 du 9 janvier 2025 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050962717
- Ministère de l’Intérieur — généralisation à compter du 11 janvier 2025 : https://www.interieur.gouv.fr/actualites/communiques-de-presse/generalisation-de-circulation-en-inter-files-des-2-et-3-roues-motorises-a-compter-du-11-janvier-2025
- Sécurité routière — fiche circulation inter-files : https://www.securite-routiere.gouv.fr/chacun-son-mode-de-deplacement/dangers-de-la-route-moto/mieux-conduire-moto/circulation-inter-files